MONASTÈRE SAINTE-CLAIRE

Les Clarisses à Ronchamp

 
 
 
 
 
 
 

Dix ans sur la colline

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Il y a 10 ans, le 8 septembre 2011,

jour de pèlerinage à Notre-Dame du Haut,

notre monastère était béni par Mgr Lacrampe, archevêque de Besançon

et inauguré en présence de son architecte, Renzo Piano.

 

Cette année anniversaire sera jalonnée de différentes manifestations.

 

En voici quelques échos.

 

 

 


 

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   Une eucharistie solennelle à Notre-Dame du Haut

   en l'honneur de sainte Colette

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Fête de sainte Colette, le 6 mars 2021

Homélie du frère Jean-Paul Arragon, franciscain de Paris :

Un petit détour par Saint Damien !

Par amour de François et par amour de Claire !

 

Par amour de François !

C’est là qu’il fut visité par le Seigneur et rempli de ses consolations.

C’est là que, dépouillé de tout, il reconstruisit l’église.

C’est là qu’il quitta complètement le monde.

C’est là qu’il prophétisa au sujet de Claire et de ses sœurs[1].

 

Par amour de Claire !

C’est là quelle se fixa, avec ses sœurs, pour vivre l’Evangile.

C’est là qu’elle mènera le combat pour sa forme de vie.

C’est là qu’elle aimera le Seigneur et servira ses sœurs avec beaucoup de délicatesse.

C’est là qu’elle vivra sa pâque, tenant en main la Règle approuvée.

C’est de là, aussi, que la communauté partira pour rejoindre Assise.

 

Sainte Colette redonne le goût de cette vie évangélique, aux couleurs de Saint-Damien, avec sa radicalité, son audace et sa confiance.

 

Sa radicalité,

Au sens étymologique, ses « racines ».

Jésus invite à creuser très profond[2] pour poser de vraies fondations. Cette profondeur est d’abord celle de la Parole de Dieu, de l’Evangile, écoutée, célébrée et mise en pratique. Cette profondeur est celle de la Règle de Claire retrouvée, restaurée pour être vécue sans concession, sans demi-mesure.

« Observer » le saint Evangile. Dans le grand mouvement de l’observance, en ce début du XV° siècle, Colette saura susciter l’enthousiasme, la générosité.

La réforme creusera les fondations d’une vie toute ouverte à l’œuvre de Dieu. « La réforme est l’œuvre du Tout-Puissant » dira Colette à la fin de sa vie.

La fondation de la construction n’est pas d’abord celle d’un lieu mais d’une vie qui devient habitation de Dieu. Colette ne s’est pas attachée à un lieu. Elle s’est attachée à une vie menée par l’Esprit-Saint.

 

Son audace.

L’évocation de Judith[3] nous rappelle cette audace née de la foi. « Tu as risqué ta propre vie » lui dira Ozias quand elle reviendra du camp ennemi avec son trophée ! Risquer sa vie ! Oser risquer sa vie ! Jésus, le Christ, aimera proposer ce même risque et cette même audace à ceux et celles qui le suivent. Lui-même ne retiendra pas sa vie mais l’offrira comme un cadeau d’amour pour la vie de tous les hommes.

L’audace de Colette nous éblouit ! Faire profession, entre les mains du Pape, à Nice-Cimiez, et partir sur les routes pour fonder ou refonder, créer des communautés, susciter la vie et la réponse généreuse.

Une audace qui n’enferme pas mais qui ouvre à la vie.

 

Sa confiance.

« C’est du Tout-Puissant et de lui seul qu’il faut tout attendre… Depuis le jour où j’ai été investie de cette mission, dit Colette, en tout ce que j’ai fait, je n’ai rien fait de moi-même… » La confiance de Colette, comme celle de Judith et comme celle de la plupart des amis de Dieu, n’est que l’écho de celle du Christ avec son Père : « le Fils ne peut rien faire de lui-même, mai seulement ce qu’il voit faire au Père[4]… ». Confiance absolue et totale qui n‘est pas passive mais plutôt passionnée et passionnante. Colette met une condition à cette confiance « Que vous répondiez fidèlement à toute l’étendue de votre vocation, dans la vigilance et la prière ». La confiance engage notre responsabilité. Les deux s’articulent et s’appellent l’une l’autre. Il s’agit d’une confiance qui nécessite de donner le meilleur de nous-mêmes et un engagement qui se reçoit dans une confiance totale à plus grand que nous.

 

Passer par Saint-Damien, à l’école de Colette, c’est passer par différents autres lieux sources (Besançon, Poligny, pour rester dans la région) pour rechercher les fondations, les fondements de votre vie. C’est aussi en ressortir pour vivre l’aventure évangélique là où l’Esprit-saint et l’Eglise vous envoient.

Vous fêtez, sœurs, les 10 ans de présence à Ronchamp. Dix années où les murs et les espaces s’imprègnent de votre présence, de votre prière et de votre fraternité. Si les architectes, et qu’ils en soient remerciés, ont su façonner cette colline jouant avec l’espace et la lumière, c’est votre vie évangélique qui fait de cette maison une véritable habitation : la vôtre, celle de Dieu.

Que Sainte Colette continue à vous faire goûter sa radicalité, son audace et sa confiance pour que vous marchiez toujours plus « confiantes, joyeuses et alertes, sans inquiétude sur le chemin du bonheur[5] ».

 

 

[1] Cf TCl, 10 et suivants

[2] Lc 6,48

[3] Jd 13,18-20

[4] Jn 5,19 mais aussi Jn 8,28

[5] 2 LAg 13


 

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Colette, architecte ?

Evocation de la vie de « notre » sainte par sœur Marie-Laetitia

Un arbre aux feuilles vertes et aux fleurs d'or, d'une odeur suave, poussait dans la loge étroite où Colette était recluse. Cet arbre était merveilleusement beau et de grande plaisance. A l'entour, une multitude de ravissants arbrissaux...

Au fond de sa cellule, ce déploiement appelait Colette à sortir. C'était la confirmation d'une voix entendue à l'instar de François d'Assise :

« Va, répare ma maison qui tombe en ruine ! »

 

Face à cet avenir inédit, inconnu, Colette résistait. Mais l'arbre de sa vie devait épancher toute sa sève et porter de nombreux fruits. Elle nota sur un petit rouleau, ce qui était révélé et qu'il lui faudrait accomplir.

Pour mener à bien cette entreprise, devait avoir lieu une rencontre improbable entre la recluse de Picardie, un moine voyageant en Avignon et une grande dame séjournant en Savoie, prémices de la multitude d'arbrissaux aperçus dans sa vision, qui allaient la soutenir dans sa vaste mission.

 

Alors Colette devint pèlerine-étrangère en ce monde, pour défricher les sources de l'intuition de Claire d'Assise, la petite pauvre. Et voilà notre Colette à dos de mule ou en chariot pendant plus de quarante ans ! Le temps de l'exode !

Tiens comme Saint Nicolas, dont elle porte le nom, que l'on ne voyait jamais sans sa mule ! D'ailleurs, Colette, elle aussi, deviendrait la protectrice des enfants.

 

De Corbie à Nice, voyage long et périlleux, les aventuriers allèrent à la rencontre du pape Benoit XIII lui soumettre l'étonnante vocation de Colette.

Benoit XIII, pape ? Anti-pape ? Qui peut savoir en ces temps de trouble et de division ?!...

Qu'importe ! Colette poursuivrait son chemin à travers les chaos de l'Histoire.
Jadis, François eut l'audace de se présenter avec ses guenilleux de compagnons devant le fier Innocent III et sa grandiose cour. Deux siècles plus tard, Colette s'avançait devant le pape avec la même candeur. Celui-ci prit la bourse contenant le rouleau qu'elle avait écrit dans son reclusage de Corbie. Il s'accorda un temps de réflexion, d'autant plus nécessaire que certains sages cardinaux étaient hostiles, effrayés par l'austérité de la réforme et le jeune âge de la réformatrice.

Et le 14 octobre 1406, Benoit XIII accordait l'étonnant privilège de vivre pauvre, dans la pauvreté de Saint François d'Assise. Considérant que le reclusage lui avait tenu de noviciat, il reçut Colette en la sainte religion de sainte Claire, et la nomma « dame, mère et abbesse à perpétuité de toute la réformation » de l'ordre de Saint François.

Mais, elle-même, se présenterait toujours comme « sœur Colette, petite et humble ancelle et indigne serviteresse de nostre Seigneur, pauvre et inutile religieuse de l'ordre de Madame sainte Claire. »

 

Devenue indésirable dans sa ville natale, Colette et ses premières compagnes allaient vers un inconnu que Dieu leur préparait avec tendresse. Comme leurs futures héritières à l'abri du pèlerin, elles s'installèrent dans un provisoire durable ! C'est, paradoxalement, dans l'aile d'un château que la communauté de pauvres clarisses inaugurèrent leur refondation.

Quelques années après, la bonne ville de Besançon leur offrit leur premier

« vrai monastère » ! Elles furent accueillies par la population en liesse qui les acclamait :

« Une sainte est arrivée dans notre cité ! »
Des siècles plus tard, les sœurs venues de Besançon seraient, de façon plus sobre mais efficace, elles aussi, entourées de dévouement et de sollicitude, dans leur transplantation.

 

À peine avait-elle embrayé la réforme des sœurs, que Colette s'attaquait à celle des frères. L'humble ancelle mit toute son énergie et sa force de persuasion pour le couvent des Cordeliers de Dôle. Là où le père Henri de la Baume, son fidèle compagnon, s'était heurté à une impasse, Colette arriverait à vaincre les résistances ! Elle eut à supporter de la part de trois frères, obstruction, injures, moqueries, procès, et même tentative d'empoisonnement !

Mais avec une détermination enracinée dans sa confiance en Dieu, elle se montrait tenace pour mener à bien ce projet qu'elle avait reçu. Dans le sillage de Claire, Colette savait, non seulement, convaincre du bien-fondé de ses intuitions, mais emporter l'adhésion et susciter la générosité, l'enthousiasme.

 

Ce projet de vie et de lumière répondait si bien aux aspirations profondes tant des femmes venues la rejoindre au monastère de Besançon, que des hommes du couvent de Dôle. Ces premières reconstructions seraient comme des tremplins pour déployer l'oeuvre de cette architecte nommée Colette, à travers tout le pays et bien au-delà des frontières...

 


 

 
Dernière modification : 20/03/2021