MONASTÈRE SAINTE-CLAIRE

Les Clarisses à Ronchamp

 
 
 
 
 
 
 

Tout a commencé en 1250...

 

 

Le premier monastère à Besançon,

établi du vivant de sainte Claire, au XIII siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Remparts de Besançon

 

 

 

 

 

 

 

1. Monastère de Besançon, rue du chapitre

2. Soeur Marie-Noël : célébration de l'envoi à Ronchamp

3. 1932: groupe des fondatrices pour la Birmanie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Travail des constitutions:  Rome 1968

2.et 3. Accueil d'étudiantes du CELA 1973

3. Clarisses d'Aluva, Inde, août 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 octobre 2011: bénédiction de la cloche et de l'oratoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1,2 et 3: accueil de pèlerins au monastère

4. Messe à la chapelle le 8 septembre 2012

 

 

 

 

 

 

 

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21 juillet 2019 : la communauté rassemblée 

 

 

 

 

Nos racines sont franc-comtoises depuis 8 siècles. De 1250 à 2009, les clarisses vivent à Besançon et en septembre 2009 se transfèrent à Ronchamp. L’histoire de nos devancières permet d’accueillir le présent comme le don d’une filiation qui ouvre à un avenir à inventer.

 

Le premier monastère à Besançon, établi du  vivant de sainte Claire au XIIIe siècle

Les frères mineurs arrivent en 1224 dans la ville fortifiée de Besançon (Franche-Comté) à l’Est de la France.

Vers 1250, un groupe de soeurs est envoyé par Claire d’Assise (Italie) en cette ville. Un monastère leur est construit et la communauté con-naît un grand essor.

 

Les bisontins témoignent d’une grande sympathie envers les sœurs. Mais les aumônes se faisant trop nombreuses, les clarisses s’écartent peu à peu de la pauvreté évangélique et les vocations diminuent.

 

En 1410, il ne reste que deux soeurs âgées lorsque Colette de Corbie (Picardie), arrive à Besançon avec quelques jeunes sœurs, dans la

liesse populaire. Elle a reçu du pape Benoit XIII alors à Nice,

la mission de ré­former la famille de sainte Claire et de saint François.

Avec sa foi audacieuse, Colette redonne vie à la communauté bisontine.

 

A partir du monastère de Besançon, elle rayonne sur la France, les Flandres et le Palatinat, en fondant ou réformant jusqu’à sa mort (1447) 17 monastères, foyers de contemplation et de pauvreté ardente.

 

“Retrouver la pureté des origines en adaptant notre forme de vie aux conditions du temps,” telle a été son intuition première et durable, qu’elle met par écrit dans ses « Constitutions » approuvées en 1434 par le ministre général des frères mineurs (ordre des franciscains, fondé par saint François d’Assise) Guillaume de Casal.

 

Dispersée à la Révolution, la communauté se reconstitue à la fin du XIXe siècle

A la révolution française, les sœurs bisontines sont chassées hors de leur monastère: "Delors, soeurs pauvres et folles! Allez loger où vous voudrez et puis enfin disparaissez!" Ce qui est dit est fait !

Après sa dispersion en 1792, la communauté s’éteint peu à peu.

Mais était-ce vraiment définitif ?

 

En 1879, une poignée de sœurs clarisses quitte son monastère de Poligny (fondé par sainte Colette en 1415 dans le Jura voisin) pour habiter une maison offerte à l’archevêché. Ces soeurs donnent vie à un nouveau monastère situé au pied de la citadelle, rue du Chapitre. Elles demeurent ainsi au cœur de la vieille ville, tout près de la cathédrale, en ce quartier aux rues étroites, où tant de couvents foisonnent!

 

Au XXe siècle, un monastère tourné vers le monde

En 1932, la communauté participe à l’élan missionnaire qui anime alors l’Église d’Occident. Les sœurs sont devenues très nombreuses et un groupe part fonder la vie de clarisse en Birmanie, puis en Inde (1942) et en Tanzanie (1954).

 

Depuis lors, neuf monastères de ces pays ont successi­vement vu le jour et gardent aujourd’hui un lien fraternel avec la communauté de Ronchamp. Nos sœurs ont semé des lieux de vie clarienne à Aluva, Panakahalli, Dumka, Chotparua, Shamshabad, en Inde et à Mwanza, Itahwa, Ruhuwiko en Tanzanie.

 

En 1968 , la communauté de Besançon participe activement au re-nouveau de la vie religieuse voulu par le concile Vatican II. Un retour aux sources de notre charisme et à la règle de Claire aboutit à de

nouvelles constitutions, « les constitutions générales de l’ordre des sœurs pauvres de sainte Claire. »

 

En 1973, la communauté ouvre une partie des locaux du monastère à l’accueil de jeunes femmes étrangères, étudiantes au Centre de

Linguistique Appliquée, pour des séjours linguistiques plus ou moins longs. Grâce à ces jeunes, tous les continents ne sont plus tout à fait inconnus pour les clarisses dont l’horizon s’élargit à la rencontre d'autres cultures.

 

La recherche d’un nouveau souffle au tournant du millénaire

Depuis quelques décennies, les clarisses de Besançon s’interrogent sur le devenir de leur communauté. Elle peine à se renouveler et la situation géographique du monastère pose de plus en plus question: la rue du Chapitre devient difficile d’accès et les liturgies sont de moins en moins fréquentées. Allons-nous vers l’asphyxie ? Une si longue histoire pourrait-elle aboutir à une impasse ?

 

Notre questionement rejoint celui d’autres communautés de clarisses en France. En 2001 et 2003, au cours de plusieurs assemblées de clarisses de notre confédération franco-belge, le père Lécrivain, jésuite, historien et théologien de la vie religieuse, nous fait prendre conscience que nous vivons une nouvelle étape historique. Cette étape est cruciale pour l’avenir de la vie monastique d’un ordre ancien comme celui des clarisses. Une nouvelle soif spirituelle se fait jour dans nos sociétés. Elle appelle une refondation de nos vies personnelles et communautaires. Il s’agit de nous remettre en chemin, pauvres et confiantes comme Claire et Colette, d’aller de l’avant dans le souffle de l’Esprit afin d’aider Dieu à naître au monde d’aujourd’hui.

 

Partir, reprendre le bâton de pèlerin, croire en l’avenir

En 2005, la recherche de la communauté s’ouvre sur un projet concret et peut-être un peu fou qui rejoint un appel du diocèse : aller à Ronchamp, à une heure trente de Besançon, en Haute-Saône, près de la chapelle Notre-Dame du Haut pour y assurer une présence permanente de prière, de vie fraternelle, de travail et d’accueil spirituel. Dans le même temps, les frères franciscains de la Province des Trois Compagnons prévoient une petite implantation, à l’ancienne cure située au bas de la colline. En mars 2005, frères et sœurs reçoivent de l’archevêque de Besançon, Monseigneur Lacrampe leur lettre de mission.

 

Notre-Dame du Haut, lieu de pèlerinage marial, est enraciné depuis 800 ans sur une colline d’où se découvre un panorama splendide, à 17 kms de Belfort, proche de la Suisse et de l’Allemagne..Ce lieu ayant été le théâtre d’affrontements sanglants et de destructions à la fin de la guerre (1944) une nouvelle chapelle y a été bâtie, à la demande du diocèse, par l’archi­tecte d’origine suisse Le Corbusier. C’est un bijou de l’art sacré contemporain. La chapelle Notre-Dame du Haut a été voulue comme "un lieu de silence, de prière, de paix et de joie

in­térieure”... de réconciliation aussi.

Depuis son inauguration en 1955, il y passe par an environ 100 000 visiteurs ou pèlerins, venus du monde entier, et fortement impressionnés par ce lieu d’intériorité et de beauté cosmique.

 

Un nouveau monastère construit sur la Colline Notre-Dame du Haut

Dès 2006, en partenariat avec l’association “Œuvre de Notre-Dame du Haut” propriétaire du site et l’association “Les Amis de Sainte-Colette” qui représente la communauté des clarisses, décision est prise de confier le projet du nouveau monastère à un architecte de

renommée mondiale. Ce grand nom de l’architecture, ce sera Renzo Piano associé à un paysagiste réputé, Michel Corajoud.

Les préparations ont été lentes, complexes, minutieuses, soumises à de multiples obstacles et autorisations. En novembre 2008, les

terrassements commencent enfin. En 2009, les fondations se creusent et au printemps 2010, les murs commencent à s’élever. Le 7 septembre 2011, le chantier s’achève pour l’inauguration du lendemain.

 

Elle est partie, la grande grue

Qui fut notre compagne de vie

Durant dix-huit mois !

Elle était arrivée laborieusement

Sur le chantier

En plein hiver, le 22 janvier.

Le camion qui la portait

avait du mal à tourner sur le parking,

et les hommes étaient soucieux

d’avoir à l’élever.

Mais tout s’est bien passé :

Nous l’avons vue se déployer,

Et que fallait-il admirer ?

L’adresse des ouvriers ?

La perfection de la technique ?

Les deux sans doute,

Car pendant de longs mois

Ils ont fait bon ménage

Ils ont fait bon travail.

Tout s’est bien passé

Au cours de ces mois

Et le signe, un jour, est venu

Que son travail était achevé.

La grue a replié ses ailes,

S’est couchée sur au sol,

S’est laissée emporter.

 

Adieu notre grue !

Et merci pour tout

Ce que tu nous as appris.

                                                                      sœur M-C

 

 

 

Le 8 septembre, fête de la nativité de Marie, au cours du pèlerinage diocésain, Mgr Lacrampe bénit le nouveau monastère.

Le 2 octobre 2011, le nonce apostolique, Mgr Luigi Ventura, bénit le nouvel oratoire et sa cloche qui sonne désormais allègrement.

Mr Renzo Piano, quant à lui, donne à l’abbesse soeur Brigitte, la clef du monastère et précise :

« On a ouvert la colline, on a mis les sœurs dedans et maintenant la nature, le silence et la prière reprennent leurs droits. »

Ce monastère est un ouvrage sobre, lumineux et discret. Renzo piano a conçu un monastère horizontal, écologique, creusé au flanc de la colline, enchâssé dans la verdure, pleinement respectueux du paysage.

 

Un cadre original pour une mission renouvelée

Pour notre communauté, ce transfert à Ronchamp fut une aventure tout à la fois éprouvante et dynamisante. Après la vente du monastère de Besançon , nous quittions la capitale franc-comtoise le 8 octobre 2009 non sans un certain déchirement.

Pendant 23 mois, nous allions vivre provisoirement tout près de la chapelle dans 2 petites maisons construites par Le Corbusier pour le chapelain et des pèlerins de passage.

 

« Là, nous avons vraiment appris la minorité, la vie fraternelle intense vu l’exiguïté des lieux. Nous avons vécu chaque jour, la foi en acte dans la précarité, mais aussi l’action de grâce “à la franciscaine” pour la beauté du paysage, la beauté de la chapelle. Liberté intérieure, simplicité des relations qui se sont nouées, au hasard des rencontres ou dans le cadre de la liturgie…»

 

D’étape en étape, suivant de près l’évolution du chantier, notre communauté a pu partager la passion de tous ceux qui s’y

investissaient, dans le souci permanent d’un travail de qualité, d’une recherche écologique sérieuse, d’une simplicité correspondant à notre style de vie “clarisse"

Album : histoire de notre commuanuté (10 photos)
rencontre à Paris avec Renzo Piano et Paul Vincent

rencontre à Paris avec Renzo Piano et Paul Vincent

la communauté visite le chantier

la communauté visite le chantier

Besançon: les paquets en partance pour Ronchamp

Besançon: les paquets en partance pour Ronchamp

Construction des chambres

Construction des chambres

Installation du mobilier de l'oratoire

Installation du mobilier de l'oratoire

Regards sur le monastère prêt à être habité

Regards sur le monastère prêt à être habité

Dessin de Renzo Piano

Dessin de Renzo Piano

Rencontre entre les architectes et la communauté à l'abri du pèlerin

Rencontre entre les architectes et la communauté à l'abri du pèlerin

le premier hôte du monastère

le premier hôte du monastère

Regards sur le chantier

Regards sur le chantier

 

En septembre 2011, nous intégrons avec bonheur notre nouvelle demeure. Nous en apprécions la belle sobriété, la chaude luminosité dont nous découvrons les variations au fil des saisons.

Ces nouveaux espaces engendrent un vivre ensemble où notre foi s’épanouit.

 

Nous croyons

Que la création tout entière

Aspire à la louange

Des fils et filles de Dieu.

 

Nous croyons

Que l’humanité des cinq continents

Désire des signes de fraternité.

Nous croyons que le désert fleurira

qu’une modeste lumière

percera les brumes hivernales.

 

Nous croyons

Que François, Claire, Colette,

Trouveront leur demeure

Sur la colline de Ronchamp.

Nous croyons

Qu’au-delà de nos petitesses,

De nos multiples pauvretés,

Passe encore le Souffle d’en-haut.

 

Nous croyons,

sans savoir ni comprendre

La page qui s’écrit

De notre histoire sainte.

 

Nous croyons

que l’utopie est créatrice,

que le rêve engendre la réalité.

Nous croyons

Qu’en tes mains, Jésus,

Cinq pains d’orge et deux poissons

Nourrissent des milliers.

 

Nous croyons

En cette dialectique éprouvante :

Attachement, détachement

Qui nous rend souples à ton dessein.

Nous croyons,

Quand on a touché le fond,

Que ton silence engendre la paix profonde.

 

Nous croyons en l’homme,

Nous croyons en Toi,

Dieu qui es

Qui étais et qui viens !

soeur M-C

 

 

Rencontres de pèlerins du monde entier

La mission des clarisses sur la colline Notre-Dame du Haut appelle la création progressive d’une communauté internationale. Une soeur belge s’est jointe aux sœurs françaises en 2012, une soeur d'origine hongroise est arrivée en mai 2014. En janvier 2016, une clarisse anglaise se joint à nous. En mars 2018, une clarisse de France vient parmi nous. La communauté de dix est prête à s’élargir davantage encore.

Assumer une liturgie qui parle et chante en plusieurs langues, témoigner qu’une vie fraternelle est possible dans la communion de cultures diverses, accueillir pour des entretiens ou de séjours de ressourcement des hôtes très divers, voilà la mission.

Déjà le miracle de la rencontre se produit : hommes, femmes, enfants et soeurs, dans un joyeux silence, se côtoient et se reconnaissent frères et soeurs dans un même pèlerinage.

Nous croyons en l’avenir de l’Église, là où sa présence est attendue, parfois plus que nous ne le pensons, ou comme redécouverte. C’est l’espérance pascale qui nous habite, et nous savons que cette espérance est invincible, génératrice de communion.

 

“Écouter, comprendre et se faire porteurs de cette société et de cette histoire qui évoluent à si grande vitesse, et discerner avec intelligence spirituelle tout ce qui, justement dans la fidélité à l’Esprit, doit se repenser, constituent pour nous un défi que nous ne pouvons ignorer. Il y va du sens même de notre existence de frères mineurs et de sœurs pauvres… Immerger les racines en profondeur, afin qu’elles soient fermement unies à notre sœur mère terre et au Dieu tout-puissant, éternel, juste et miséricordieux, et nous permettent de traverser l’expérience humaine avec douceur, patience et espérance.”

Frère Michaël Anthony Perry, ministre général OFM

– 15 juillet 2013

 

Tel est le défi que nous essayons de relever, jour après jour, dans le souffle de l’Esprit, enracinées et disponibles aux surprises de Dieu pour inventer avec lui l’avenir.

 

 

Nous irons Pas à pas

Vers notre avenir

Sur un chemin de crête

Côtoyant les abîmes,

En cordée d’ascension,

Appelant des sœurs, des frères

Au pied montagnard,

Appelant

Des chercheurs de Dieu

Prêts à tout miser

Sur LUI.

Pauvreté extrême,

Confiance inébranlable !

 

Notre histoire s’inscrit,

Nouveau maillon,

Dans la grande Tradition

Toujours en gestation.

                                                             sœur M-C

 

 

 

eucharistie du 5 mars 2019

Eucharistie du 5 mars 2019

 

icone colette 2019

Sainte Colette 

 

 

 

 

 

Une fête de sainte Colette 10 ans plus tard

Lors de l'eucharistie du 5 mars 2019, soeur Brigitte se souvient : 

 

Je voudrais simplement vous partager un peu de ce qui m’habite à propos de sainte Colette. Cinq mots , à mon avis, la caractérisent :

Prière-Vigilance-Abandon-Foi-Humilité

Ces mots caractérisent sainte Colette, mais ils reflètent aussi ce que nous avons vécu depuis dix ans sur la colline et aussi ce que nous voulons vivre pour les cent prochaines années.

 

Et oui, cela fait dix ans que nous avons quitté Besançon. Dix ans déjà, pourront peut-être dire certains. Dix ans que nous sommes devenues à 100 % ronchampoises. Dix ans que nous découvrons les ronchampois. Dix ans que nous prions avec eux. Dix ans que nous prions pour eux. Dix ans pour eux de découvrir que la prière est notre centre de gravité. Cette prière que nous partageons avec eux, avec les visiteurs, avec les touristes, avec les pèlerins, aussi bien dans notre oratoire par temps froid comme à la chapelle par beau temps. Cette prière qui a la couleur de tous les saints que nous célébrons au jour le jour, mais qui a aussi la couleur de l’oecuménisme, de l’interreligieux. C’est une prière que nous avons voulu toujours ouverte à tous , sans distinction de religion.

Cette prière, nous ferons tout pour qu’elle perdure encore pendant les cent prochaines années, comme je vous le disais. Mais ces cent ans ne pourront devenir réalité que si vous nous accompagnez au quotidien, par votre prière, silencieuse, invisible peut-être mais bien réelle, votre présence, votre désir de voir des clarisses vivre sur ce si beau lieu que Dieu vous a donné et que vous avez si bien su conserver et développer de génération en génération, et que vous nous prêtez pour cent ans.

Alors, merci d’être là avec nous aujourd’hui pour rendre grâce au Seigneur.

 

Le deuxième thème est la Vigilance. C’est un bien grand mot que l’on utilise peu dans le langage courant, mais qui est très prisé dans le langage religieux. La racine : vigile. Il ne s’agit pas d’être à l’image des vigiles de nuits chargés de garder les parking et autres lieux de consommation nocturne que nous ne pratiquons pas. Non, vigilance, c’est veiller, non pas pour surveiller, mais veiller pour être, pour participer à  tous les moments divins, pour ne rater aucun de ces passages que Dieu réserve à chacun d’entre nous, donc aussi bien à vous qu’à nous. Je ne sais pas si nous avons été vigilantes ces dernières années, mais peu importe. Aujourd’hui pour nous, pour vous, il s’agit de créer à nouveau l’avenir. Nous ne pouvons pas, si nous voulons être vigilants et fidèles au don de Dieu, nous asseoir sur le bord de la route et regarder avec satisfaction le chemin parcouru. Nous n’avons pas droit à l’endormissement, au repos oui, mais pas au farniente. Et une fois de plus, c’est ensemble que nous pouvons créer un nouvel avenir. Nous avons démarré Ronchamp sur cette belle expression : «utopie créatrice». Elle est devenue réalité, mais en partie. Elle ne sera pleinement réalité qu’à la fin des temps. Alors, ensemble, avec sainte Colette qui n’a pas compté ses fatigues sur les routes de France, retroussons les manches et avançons vers un avenir, une fois de plus inconnu, mais c’est cet avenir où Dieu nous attend. Veillons ensemble dans la prière et le Seigneur entendra notre appel.

 

Arrivés à ce point, nous ne pouvons que savourer le mot Abandon.

S’abandonner, c’est se mettre sous la bienveillance de quelqu’un qui nous aime. Dans notre cas, c’est sous la protection de Dieu, de l’Esprit que nous avons voulu et que nous voulons toujours nous placer. C’est facile à dire, pas forcément à faire. Remettre sa vie entre les mains de quelqu’un que nous ne voyons pas, que nous ne connaissons pas réellement, c’est un pari d’abandon.  Remettre sa vie entre les mains du Seigneur, c’est ce que nous chantons tous les soirs à l’office de Complies. Et nous en sommes heureuses car c’est notre choix de vie.

Mais cet abandon n’est pas uniquement vis-à-vis du Seigneur. Il nous faut aussi remettre notre vie entre les mains et dans les coeurs des ronchampois. A nouveau pas facile. En dix ans, avons-nous réussi à nous apprivoiser mutuellement ? à nous comprendre ? à nous aimer ? Votre présence ici aujourd’hui est la réponse à ces questions. 

Entre la dernière sainte Colette célébrée à Besançon, et aujourd’hui, il s’est passé beaucoup de choses. La première année, en mars 2010, pas même de célébration eucharistique en raison de la neige alors que nous aurions dû fêter les 600 ans de la réforme de sainte Colette. Une soeur gravement malade, dans des conditions de précarité assez rares pour une très grande malade. Elle décédera quelques mois plus tard : pas de lieu communautaire, comme c’est l’habitude dans nos vies, pour l’accueillir. Et nous nous sommes relayées au funérarium jusqu’au jour de ses obsèques. Et ce jour-là, nous avons vu, nous avons su que nous avions eu raison de ne pas avoir peur de l’avenir, raison de nous abandonner au Seigneur, raison de nous abandonner à l’amitié et à la bienveillance des ronchampois. La célébration liturgique a rempli la chapelle Notre-Dame, pas ce petit oratoire qui, d’ailleurs, n’était pas encore construit. Ensemble, vous et nous, nous sommes ensuite allés au cimetière. Et depuis ce jour-là, nous nous remettons entre les mains du Seigneur, entre vos mains pour continuer à tisser des liens d’amitié entre le Bas et le Haut, entre Notre-Dame du Bas et Notre-Dame du Haut.

L’abandon, qui est vraiment l’impuissance à dominer l’avenir, a forgé nos relations spirituelles, nos relations amicales. Merci.

 

L’abandon ne peut pas être séparé de la Foi. Oui, c’est la foi qui a porté notre abandon, qui a tracé des chemins inconnus et imprévisibles. Des chemins de foi qui ont pu provoquer des doutes, des peurs, des reculades mais qui ont aussi ouvert des temps de fraternité, de solidarité, d’amitié.

La foi, pour les anciennes comme pour les plus jeunes, nous l’avons chevillée au coeur. Elle nous a permis de déplacer les montagnes, au sens figuré mais aussi au sens propre. Il y a dix ans, il y a quinze ans, personne ne croyait à l’aboutissement de ce que nous appelions alors le projet Ronchamp. Au cours de ces dernières années, nous avons vu la colline de Ronchamp littéralement se déplacer sous les coups des pelleteuses ; nous l’avons vue se re-modeler sous l’inspiration des architectes et paysagistes. 

Belle expérience de foi qui nous conduit à désirer, à accepter, à aider que la communauté se transforme.

En effet, par la foi, nous avons toujours su que le Seigneur ne nous abandonnerait pas. Et il ne nous a pas abandonnées. Cinq nouvelles soeurs sont arrivées d’horizons très divers et qui donnent et donneront une nouvelle couleur à la communauté. Car la foi n’est pas statique, elle est vivante. Elle porte la vie qui évolue au jour le jour. Sans évolution, il n’y a pas de vie. Pendant quatre ans, soeur Aude a marché avec nous sur ce chemin de foi et de prière. Puis elle a décidé de vivre sa foi autrement qu’avec nous. C’est son chemin de foi que nous avons, non pas à respecter, mais à aimer avec elle.

C’est aussi la foi qui nous permet, aujourd’hui d’être, en Eglise, auprès de toutes les victimes des abus en tous genres qui se révèlent jour après jour. C’est pour nous de très grandes souffrances, parfois même au risque d’être déstabilisées. C’est la même foi que vivait sainte Colette lors de sa réforme : incompréhension totale de la part de certains membres du clergé, refus de la réforme, rejet par certaines soeurs, etc. Et, à la tête de l’Eglise, trois papes. A qui faire confiance, hier comme aujourd’hui ?

La foi qui l’animait et lui a permis de traverser toutes ses épreuves et de continuer sa route sans déviation, était une foi du don. Elle ne faisait rien pour elle, tout était pour Dieu et pour les autres. C’est cette foi à laquelle nous voudrions être fidèles : être présentes sur la colline par une prière ouverte sur le monde, donnée au monde, enrichie par le monde. Rien n’est pour nous, tout est au Christ, nous le savons bien, mais là encore ce n’est pas facile au jour le jour.

 

Et nous arrivons ainsi au cinquième terme : l’humilité.

Humilité, humus, être au plus proche de la terre. Et qui rencontrons-nous quand nous sommes au plus bas : le Seigneur Jésus à genoux devant ses disciples entrain de leur laver les pieds. Le lavement des pieds, c’est ce que nous célébrons le jeudi saint, symbole et accomplissement total du service du frère.

Ainsi, pour nous, l’humilité n’est pas de vous dire : regardez ce que nous avons fait (même si l’historique que je vous ai dressé peut vous le faire penser). Non, l’humilité pour nous n’est pas simplement d’incarner la petitesse et le retrait du monde en vivant enfouies dans la colline, comme des troglodytes. Non, l’humilité est d’être une créature parmi les créatures, de vivre en fraternité avec les éléments de la création, sans suprématie mais aussi sans fausse humilité. François d’Assise avait très bien compris qu’il ne pourrait jamais atteindre la dernière place car elle était déjà prise et occupée par le Seigneur Jésus. Il se contentera donc d’être au plus bas, mais pas le plus bas. A nous aussi d’être au plus bas, les yeux et le coeur tournés vers le plus bas, symboliquement à genoux pour être réellement au service de... par la prière, l’accueil, l’écoute, le partage, etc.

 

Ainsi, ensemble, sous les conseils de l’Esprit Saint et des personnes que le Seigneur met et mettra sur notre route, nous pourrons être au service de tous dans la fidélité à notre choix de vie, pour les cent prochaines années !

 

Merci beaucoup.

 

 

   

 

 
Dernière modification : 22/07/2019